Car Simon avait, depuis l’enfance, une peur panique du feu. Une peur violente et incontrôlable. Son père lui avait raconté que cette peur lui venait sûrement de l’accident qu’il avait eu quand il était encore bébé. Il était dans les bras de sa mère, lorsqu’un violent orage s’était abattu sur eux. Ils s’étaient réfugiés sous un arbre quand ils furent touchés par la foudre. L’arbre en feu s’était brisé et une énorme branche était tombée sur eux. Simon avait miraculeusement survécu à ce drame mais sa mère n’avait pas eu la même chance. La chaleur avait été si intense que son corps avait brûlé en un instant ne laissant qu’un tas de cendres mélangées à celles de l’arbre. Depuis, Simon redoutait chaque orage et chaque flamme, et il avait gardé sur le corps une trace indélébile de cette tragique après-midi : une brûlure en forme d’étoile sur l’épaule gauche.

Simon pensait souvent à sa mère et son souvenir l’aidait à affronter les tâches quotidiennes.

Ce soir-là, comme tous les soirs après avoir nourri Drago, Simon s’allongea sur la paille pour reposer son corps fatigué et endolori. Il tomba rapidement dans le sommeil.

Il fut réveillé par un bruit sourd. Ce bruit, il le redoutait plus que tout autre, c’était le grondement de l’orage qui approche. Chaque fois que cela se produisait, la douleur de sa cicatrice à l’épaule se réveillait. Il se recroquevillait dans un coin et attendait en tremblant que la menace passe.

Mais cette nuit-là, il ne pu s’empêcher d’ouvrir grands les yeux pour affronter du regard ce qu’il redoutait le plus. Dans la lumière de l’éclair, il eut une apparition surprenante. Il aurait juré voir une silhouette de femme se dessiner dans le ciel. Il se frotta les yeux mais la forme ne disparaissait pas. Elle se rapprochait même de lui très doucement.

- Simon… Simon… murmurait la femme de lumière.

Simon n’avait plus peur, il était comme envoûté.

- N’aie pas peur du feu, Simon, il est ton allié. N’aie pas peur de la foudre, Simon, elle peut te guider. Tu n’es pas un enfant comme les autres. Je suis ta mère, Simon, viens me retrouver.

Bouche bée, Simon ne pouvait prononcer un mot. La silhouette disparut et il vit la foudre s’abattre une dernière fois à l’horizon, vers la montagne de soufre, comme si elle lui indiquait le chemin à suivre.

Simon sauta sur ses deux jambes et secoua Drago.

- Tu as vu ça, Drago ? As-tu vu la même chose que moi ? Etait-ce un rêve ?

Drago ouvrit doucement les yeux :

- Tu n’as pas rêvé, Simon, répondit l’animal.

Simon tomba à la renverse.

- Mais… tu parles ?

- Oui, répondit Drago amusé. Je n’étais pas sur ton chemin par hasard. J’attends ce jour depuis bien longtemps.

- Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

- Tu as une mission, Simon, et quelqu’un de très cher à retrouver. Monte sur mon dos, je t’emmène.

- Sur ton dos ?

- Moi aussi je ne suis pas comme les autres. Et tu m’as bien baptisé, Simon. Je suis un dragon. Enfin, TON dragon. Alors monte, un long chemin nous attend.