Comme tous les soirs, Santiago s’installe devant son écran géant pour regarder les informations du monde entier. Le présentateur virtuel traduit instantanément et en continu l’actualité de tous les pays et prend un ton grave pour introduire son journal :

" Bonsoir, nous sommes le 16 août 2507 et le dernier morceau de banquise du Groenland a totalement disparu aujourd’hui. A cette catastrophe s’ajoute le bilan du tsunami dans le sud de la France qui ne cesse de s’alourdir, on parle de plus de 20 000 victimes…

- Santiago !... Santiago !... Viens manger ! hurle sa mère depuis la cuisine.

- J’arrive…

- Eteins cet écran et obéis un peu à ta mère, ajoute son père en écho.

- Oui ça va, ça va… c’est pas ma mère de toute façon, marmonne Santiago en traînant des pieds.

Personne ne répond. Santiago sait que ces remarques blessent profondément ses parents mais il ne peut pas s’empêcher de les provoquer. Il le regrette souvent après coup. Il a été adopté, certes, mais on ne lui a jamais caché et ses parents adoptifs l’ont toujours aimé et considéré comme leur propre fils. Mais une ombre plane pourtant sur ses origines. Malgré ses questions répétées, ses parents sont toujours très évasifs sur les circonstances de son adoption. Il ne sait même pas s’il est né en France ou dans un autre pays. Il n’a jamais rencontré d’autres enfants avec une peau aussi blanche et des yeux d’un bleu aussi clair que les siens, mais devant le silence de ses parents, cela fait quelques temps qu’il ne pose plus de questions.

Après quelques minutes, Santiago demande timidement :

- C’est la nuit des étoiles ce soir, on a prévu de se retrouver avec quelques amis à Paris-plage pour les regarder…

- D’accord, mais tu rentres avant minuit. Tu n’as que 12 ans, et même si c’est les vacances, il n’est pas question que tu traînes, répond son père sans détourner les yeux de l’écran du micro-onde qui fait aussi télévision.